vendredi 17 juin 2016

O comme maître Ouvrier

J'ai laissé le M au Marsouin, il le valait bien et de toute façon je suis avant tout Ouvrier.

Maitre Ouvrier, pas facile à expliquer. Une distinction plus qu'un grade, je ne suis pas tout à fait caporal. Je porte ses galons mais sur une seule manche, d'où mon surnom : "Caporal jusqu'à midi".

Je ne commande pas les hommes lors des combats, mais dirige mes "ouvriers-soldats", les sapeurs dans les travaux qui incombent aux hommes du Génie. Je suis un spécialiste : charpentier, menuisier, charron, forgeron....

Combattre, construire, protéger c'est le rôle du Génie. Nous intervenons pour la construction des ponts, des tranchées, nous creusons des "sapes" (tunnels) sous les lignes ennemies que l'on fait exploser ensuite.

La devise du Génie : "Parfois détruire, souvent construire, toujours servir !"



BOURGEAT Marcel
 Maître-Ouvrier - Charpentier
Auvillar (82) † Ainval Septoutre (80)
 

Né à Auvillar le 22 avril 1896, il est fils d'Auguste, charpentier et de Marie BARRE. Charpentier comme son père, il n'est pas étonnant qu'il soit incorporé dans un régiment du Génie. Il "arrive au corps" le 13 avril 1915, 2e Régiment du Génie, il a à peine 19 ans.

Impossible de suivre le parcours d'un homme au sein d'un régiment de Génie si l'on ne connaît pas sa compagnie. A la mobilisation, les régiments de Génie ont été dissous et des compagnies de sapeurs ont été créées et dispersées dans les différentes Divisions des Corps d'Armée.

Le 8 novembre 1916, Marcel BOURGEAT est affecté au 9e Régiment de Génie. Il est promu maître ouvrier à l'âge de 21 ans, le 29 mai 1917.

Le 30 mars 1918, il est tué à l'ennemi à Ainval Septoutre dans la Somme.

Fiche site Mémoire des Hommes
cliquer sur la fiche pour l'agrandir

La fiche du site Mémoire des Hommes nous donne l'indication de sa compagnie 6/64. Celle-ci ayant été créée le 6 novembre 1916, soit deux jours avant son affectation, on peut supposer que notre jeune Marcel y est affecté depuis cette date. Le parcours ne peut donc être que supposer.


Assainissement des routes, aménagements d'abris, réparation ou reconstructions de ponts, parfois sous les obus, combat dans les tranchées en appui aux chasseurs et fantassins".. Quelle que soit la compagnie, c'était surement son quotidien.

On retrouvera cette compagnie 6/64, à la lettre S.

Historique Compagnie 6/64 Gallica BNF
Cliquez sur la photo pour agrandir
Sur la liste des pertes de la compagnie, il est prénommé Jean.
La fiche matricule ne mentionne pas ce prénom, ni l'acte de naissance.

Son corps est transféré le 1er décembre 1919 au cimetière militaire de Grivesnes (80)

**********

Sources :
Historique Compagnie 6/64 : Ici
Archives départementales du Tarn et Garonne : Indexation récente des fiches matricules ce qui permet d'accéder directement à une fiche ou aux fiches d'un même patronyme.
Site Mémoire des hommes : Recherche Ici

Nota  : 01/03/1965 : Grivesnes fusionne avec Ainval-Septoutre (fusion simple).










 

jeudi 16 juin 2016

N comme NOYRIT Joseph

NOYRIT Joseph
Valence (82)

Puisque l'on me donne la parole, je vais essayer de me conter. A ma connaissance, je n'ai plus de famille, ni enfant, ni neveu ou nièce. Une branche entière que la Grande Guerre a coupé net.
 
Je vais donc me dévoiler au travers des quelques actes que vous trouverez dans les archives du département.

Je suis né à Valence d'Agen le 19 novembre 1885 et je fus très longtemps le seul fils de Jean NOYRIT, maçon et de Catherine CHARLES, plumassière. Le 25 janvier 1895 vint enfin un petit frère, Henri Roger, né aussi à Valence. Roger n'aura pas le temps de bien connaître notre père, mort  à l'âge de 38 ans le 1er mars 1896. J'ai 10 ans, mon frère a 14 mois. Nous habitons rue des Tanneries.
 

Lavoir rue Pé de Gleyze

A deux pas de la maison, rue Pé de Gleyze, vit également ma grand-mère paternelle Marguerite DALCHÈ et mon oncle, Antoine NOYRIT, célibataire, frère ainé de mon père et son témoin au mariage. Il est plumassier en 1896, marchand de journaux en 1901 à son décès.
 
Vient vite le temps du service militaire. Je suis ajournée en 1906 et exempté l'année suivante pour raison de santé. Quant on dit "bon pour le service", les mères pensent "bon à marier". Sans service militaire et sans le "certificat de bonne conduite"  je trouverai tout de même une épouse, la très jeune Marie CANIN.


 
A la mobilisation, j'ai 29 ans, mon frère 19. Nous ne sommes pas inquiet pour Roger, la guerre ne durera pas. Exempté, non mobilisé, toujours pas en grande forme, j'attend mon conseil de révision. Les premières semaines sont terribles. Beaucoup d'hommes reviennent, blessés, mutilés, d'autres disparaissent.  L'hécatombe , que l'on ne nous dit pas,  est telle que l'on appelle déjà la classe 1915 avec 11 mois d'avance. Roger doit partir.

Il est mobilisé le 19 décembre 1914 et rejoint le 7e régiment d'Infanterie . Mon conseil de révision m'a maintenu exempté début décembre. Je reste donc à Valence tandis que de plus jeunes encore partent, d'autres  reviennent blessés.  J'ai bientôt 30 ans, je suis cultivateur,  et le regard des mères à mon égard est triste. Il reste peu d'hommes jeunes et vigoureux pour les travaux des champs, il faut se nourrir et nourrir aussi l'armée qui prend son tribut en réquisitionnant nourriture, fourrage et chevaux pour l'envoyer au front. Je fais ma part, mais dans les yeux des autres, c'est leur enfant, leur époux, leur père qu'ils préfèrerait voir à leur côté.

Roger ne reviendra pas. Blessé le 7 novembre 1915 à Agny, il est mort le lendemain à l'ambulance de Fosseux, dans le Pas de Calais.
 
Citation posthume J.O. 11.03.1920 - source Gallica BNF
 
En janvier 1918, le conseil de révision a fini par me considérer apte au service auxiliaire. C'est au moins cela. Affecté initialement au 9e Régiment d'Infanterie le 14 février 1918, je me dirige très vite, trois semaines plus tard vers un escadron de Train et Equipages Militaires, le 17e, puis en juin il me change deux fois d'Escadron, le 13 il m'affecte au 20e et le 15 juin au 15e ETEM HR. A croire qu'ils ne savent pas à quoi m'employer ! Me voilà donc dans la logistique de guerre. Il faut bien transporter les hommes, la nourriture, les armes et munitions.
 
J'ai été démobilisé le 21 mai 1919.
 
Nous avons pu rapatrier le corps de mon jeune frère, il repose en terre Valencienne, au cœur de la ville.


Carré des corps restitués, cimetière avenue Auguste GREZE
Valence d'Agen


Ma guerre à moi, je l'ai faite, loin des tranchées. C'est cela un embusqué ? "Homme resté à l’arrière, loin du front. Une chair sans canon pour la déchiqueter".

Ou bien le canon ne tirait pas assez loin pour atteindre mon corps malade.
Le 24 novembre 1923, à 38 ans, comme mon père, je referme définitivement le livre de ma vie.
 
 
***************
 
 Nota :
  • J'ai utilisé les prénoms inscrits sur les recensements, ne correspondant pas toujours au premier de l'état civil, mais surement au prénom usuel.
  • Dans ce challenge, j'aurai l'occasion de revenir sur les Escadrons du Train et Equipages Militaires.  (E.T.E.M.)
  • Les corps rendus aux familles sont inhumés dans les caveaux familiaux ou tombes seules. Les tombes abandonnées sont récupérées par la municipalité. Afin de garder intacte la mémoire de ces hommes, la municipalité a créée en 2010 ce carré de corps restitués, avec une stèle à leur mémoire.

 
***************
 
Sources :
Archives départementales du Tarn et Garonne
Mariage NOYRIT x CHARLES, Valence d'Agen le 25/11/1884
Joseph Arnaud NOYRIT : acte de naissance, publication de mariage NOYRIT x CANIN à Valence le 9 décembre 1910 - Fiche matricule registre Montauban-Agen classe 1905 n°451
René Roger NOYRIT : acte de naissance, fiche matricule,
Jean François Alexis NOYRIT : acte de décès Valence le 1/03/1896
Antoine Félix NOYRIT : acte de décès là Valence le 21/09/1908
Recensements de population Valence  : 1896
 
Autres sites
Mémorial Genweb, relevé du carré des corps restitués : Ici
Photos : Ch. BEZGHICHE (2016)

 
 

mercredi 15 juin 2016

M comme Marsouin

Le Marsouin désigne aujourd'hui le soldat d'Infanterie de Marine.
. 
En 1914-1918, C'était encore l'Infanterie Coloniale.
Ses marsouins combattaient sur tous les fronts : en France, en Belgique et en Orient.

Leur devise : "Et au nom de Dieu, vive la coloniale"



BARBUT Jean Germain
Perville (82)
† Commercy (55)

Jean est né à Perville le 22 août 1890, fils d'Antoine et de Marie BOUÉ.
 

En 1911 il est exempté de service armée pour surdité bilatérale.
Non mobilisé en août 1914, il passe en conseil de révision le 13 novembre 1914 et reconnu apte, sera incorporé au 24e Régiment d'Infanterie Coloniale le 20 février 1915. Il reste en intérieur (casernement) jusqu'en mai, sa période "de classe"

Le 15 mai il est affecté au 1er Régiment d'Infanterie Colonial et part "aux armées". Le régiment combat en Argonne en juillet et août puis en Champagne en septembre 1915.

Le 3 novembre 1916, il passe au 52e Régiment d'Infanterie Coloniale, ce qui lui évitera de suivre le 1er RIC en Orient (1917). 

De janvier à mai 1918, le régiment est dans la région de Commercy (55). C'est là que s'achèvera le parcours de notre marsouin, Jean BARBUT, soldat 2e classe, âgé de 28 ans.




Son nom est gravé dans la pierre du monument de Perville.



Sources :
Archives départementales du Tarn et Garonne, état civil, fiche matricule
Photo Jean BARBUT, Mémorial Genweb : G.DOUCET
Photo Monument de Perville : Ch.BEZGHICHE
Relevé complet du monument de Perville : Ici

mardi 14 juin 2016

L comme Les Longues Capotes

Les Longues capotes est le surnom donné aux fantassins.



Voilà enfin notre fantassin, soldat de 2e classe d'un Régiment d'Infanterie.
On devine aisément les raisons de ce surnom. J'ai trouvé pour vous un blog très bien fait sur l'évolution des uniformes pendant les quatre années du conflit.(Cf. sources)






BERTRAND Auguste
Rivesaltes (66) Boudou,  Lamagistère (82)
† Le Mesnil-lès-Hurlus (51)


Auguste BERTRAND sergent , inscrit sur le monument aux morts de Boudou, a été difficile à identifier. Le patronyme est courant. Sur le site mémoire des hommes j'obtiens  105 BERTRAND avec Auguste pour l'un des prénoms. Mais aucun Tarn et Garonnais.



Les recensements de Boudou de 1911 et 1906 ne retrouvent aucune famille BERTRAND. J'ai donc suivi la piste de l'état civil. Le patronyme y est quasi inexistant hormis deux naissances : Georgette en 1915 et Georges en 1916. S'ils pouvaient être fille et fils d'.....


Boudou - Registre des naissances 1915


et bien non, les parents sont Jean Thomas Joseph BERTRAND, 28 ans, comptable à la gare de Moissac et Marguerite BOUET, 24 ans, sans profession. 

Les enfants sont nés au domicile du grand-père maternel, Jean BOUET, Cela me conduit donc à l'acte de mariage de Jean et Marguerite, à Boudou, le 15 novembre 1912. J'y apprend que Jean Thomas est né à Rivesaltes (66), "domicilié à Moissac à partir du 15 octobre 1912, précédemment domicilié à Etne (66) canton de Perpignan." Il a pour témoin son frère, Auguste BERTRAND, domicilié à Argelès-sur-Mer.  

Je retourne sur le site Mémoire des hommes. BERTRAND + contient Auguste + naissance Pyrénées Orientales =  j'ai 3 noms.
J'avance..



L'un deux est né à Rivesaltes, domicilié à Argelès et est sergent. Mais sa fiche ne mentionne toujours pas de lien avec le Tarn et Garonne. La probabilité qu'il soit frère de Jean Thomas est grande, mais il me faut des actes. J'y suis presque..

Fiche Site Mémoire des Hommes


Sa fiche matricule,  me donne à la fois les parents d'Auguste, Georges et MULLER Joséphine, qui sont les mêmes que ceux de Jean (on s'en doutait un peu), mais aussi son métier, son lieu de travail et donc de résidence !


Extrait fiche matricule n°993, classe 1910, recrutement de Perpignan (66)

Les deux frères étaient donc comptable, l'ainé Jean  à la Gare de Moissac (1912) et le cadet Auguste à la Gare de Lamagistère (1914).



Auguste BERTRAND, né en 1890, est classé affecté spécial comme employé permanent de l'administration du Chemin de Fer du Midi du 17 juin 1914 au 15 octobre 1914. A cette date il est mis à la disposition de l'autorité militaire par son administration et est affecté au 11e régiment d'Infanterie. Soldat de 2e classe, son instruction et les fortes pertes des premières semaines de combat, lui permettent très vite d'être nommé caporal (7 novembre 1914) puis Sergent (le 18 janvier 1915).

Il est porté disparu au Mesnil-lès-Hurlus  le 16 février 1915.
Il est inscrit sur le monument aux morts de Boudou.

Monument de Boudou
Photo : Ch.Bezghiche

**************

Sources :
L'évolution de l'uniforme français durant la première guerre mondiale : Ici
Archives départementales du Tarn et Garonne
Archives départementales des Pyrénées Orientales.
Site Mémoire des Hommes
Mémorial Genweb relevé complet du Monument aux morts de Boudou : Ici


Monument de Boudou, plaque 14/18
Photo : Ch. Bezghiche

lundi 13 juin 2016

K comme KEARY Gaétan


Montauban, Tarn et Garonne,
registre matricule,
y-a-t-il un soldat à la lettre K ?


KEARY Paul Gaétan
classe 1905
Présent !


La lumière des archives s'est allumée, on demande un soldat pour un challenge.

2e classe, je l'ai été. Même un Maréchal de France a un jour été 2e classe !  Moi je serai Maréchal des Logis, mais attendez un peu, puisque l'on me donne la parole, je vais me conter.

Je suis né au bord de la Garonne à La Magistère, le 20 avril 1885. Mon père y est boulanger, mes parents se sont mariés 10 ans plus tôt à Goudourville. J'ai deux frères, Charles né en 1878, boulanger comme mon père, et Louis né en 1881 qui sera charcutier.

Un jour de 1905, j'ai décidé de partir, au Fil de l'Eau.... de la Garonne. Je voulais grandir, moi jeune garçon limonadier de 20 ans. Je voulais voir du pays, connaître un autre destin. Je signe à la mairie de Bordeaux le 3 décembre 1905, mon engagement volontaire pour 3 ans... Et me voilà 2e classe au 1er Régiment de Cuirassier. Je suis un Cuirassier !

C'est  un très vieux régiment, créé en 1635, surnommé le Régiment de Fer, il a même fait Austerlitz en 1805.  Sa devise, « Certum monstrat iter", il montre le droit chemin.

Je crois que je suis sur la bonne voie.
En 1906 je suis nommé brigadier, l'année suivante, me voilà Maréchal des Logis. La carrière me convient et je rempile en 1912 et 1913, jusqu'à la mobilisation générale.

C'est donc sous l'uniforme de sous-officier que je commence ma campagne contre l'Allemagne le 3 août 1914. J'ai fait ma guerre, en bon soldat, en bon chef. J'ai vu mourir des jeunes et des moins jeunes, tous braves, même si parfois la peur nous prenait aux entrailles, aux entrailles de nos soldats répandues dans cette terre de France, dans la Marne, la Somme, l'Yser, et même en Belgique.  J'ai eu de la chance, je suis vivant et bien vivant, médaillé, cité par deux fois.

Extrait fiche matricule (cliquer pour agrandir)

J'ai encore rempilé en février 1919 pour 1 an et 9 mois, affecté au 11e Cuirassier, puis j'ai attendu mon affectation dans le civil.


Extrait fiche matricule (cliquer pour agrandir)


Je fus garçon limonadier, Cuirassier 2e classe......
Depuis 1921 je suis.....Commissaire de Police à Châteaudun.


*************

Paul Gaétan KEARY est fils d'Albert KEARY et d'Euphrasie PRIVAT. Il se marie à Toulouse le 2 avril 1925 avec Jeanne Marie Louise BOURGÈRE.
Il décède prématurément à l'âge de 43 ans à Châteaudun (28)

Le Petit Parisien 3/12/1928
Gallica BNF

Sources :
Archives départementales de Montauban, fiche matricule n° 1164, classe 1905 
Historique du 1er régiment de Cuirassiers
Insigne du régiment : Wikipédia

* Petit clin d'œil au spectacle... "Au Fil de l'Eau.... une histoire"  Ici







samedi 11 juin 2016

J comme JOYEUX

Le JOYEUX, surnom qui désigne le soldat des Bataillons d'Infanterie Légère d'Afrique (B.I.L.A) ou Bat'd'Af '  - Il s'agit de bataillons disciplinaires constitués d'hommes sortant de prison.  A l'origine, seuls les soldats des 4e et 5e  B.I.L.A. se nommaient Joyeux. .


Les Bats d'AF (texte original)
Il est sur la terre africaine
Un bataillon dont les soldats, (bis)
Sont tous des gars qu'ont pas eu de veine.
C'est les bats d'Af et nous voilà, (bis)
Pour être « joyeux », chose spéciale,
Il faut sortir de Biribi, (bis)
Ou bien alors d'une centrale,
C'est d'ailleurs là qu'on nous choisit (bis)
Refrain
Et après tout, qu'est-ce que ça fout ?
Et l'on s'en fout ! Lalala
En marchant sur la grand route,
Souviens-toi, oui souviens-toi (bis)
Les anciens l'ont fait sans doute
Avant toi, oui avant toi, lalala
De Gabès à Tataouine,
De Gafsa à Médenine, lalala
Sac au dos dans la poussière,
Marchons bataillonnaires.
J'ai vu mourir un pauvre gosse,
Un pauvre gosse de 18 ans (bis)
Frappé par le destin féroce.
Il est mort en criant maman. (bis)
C'est moi qu'ai fermé ses paupières,
Recueilli son dernier soupir, (bis)
Qu'ai écrit à sa pauvre mère
Un vrai soldat vient de mourir, (bis)
Et comme on n'a jamais eu de veine,
Bien sûr qu'un jour on y crèvera, (bis)
Sur cette putain de terre africaine.
Dans le sable on nous enterrera, (bis)
Avec pour croix une baïonnette,
À l'endroit où l'on est tombé, (bis)
Qui voulez-vous qui nous regrette,
Puisque nous sommes des réprouvés.
Chanté dans "Les Réprouvés", film de Jacques SEVERAC (1937) (Wikipédia)
La légion, les parachutistes, les sous-mariniers reprendront cette chanson.


Mais où vais-je trouver un "Joyeux" dans les communes des 2 Rives. Il y en avait probablement parmi les milliers de mobilisés, mais aucun inscrit sur les monuments aux morts. J'ai donc trouvé un Tarn et Garonnais, né en 1887, laissé volontairement anonyme.


Jean D.
(82)
† Prosnes (51)

Fils posthume d'Antoine, décédé trois mois auparavant et de Marie C.

Ce n'est pas à un tendre pioupiou que nous avons à faire. Sa première condamnation inscrite sur la fiche matricule date de juin 1907. Il a alors 20 ans et n'est donc pas majeur. C'est également la seule condamnation pour laquelle il sera amnistié en 1919, probablement parce que  "Mort pour la France".

Après 2 années passées à la prison de Fresne, Il intègre le 5e Bataillon d'Afrique le 7 juillet 1910, il fera campagne en Tunisie en 1910, puis Tunisie et Algérie de 1913 jusqu'au 1er août 1914.

Il est affecté tour à tour dans les différents Bataillons d'Infanterie Légère d'Afrique
  • Campagne contre l'Allemagne  : 2 aout 1914 au 11 octobre 1915 - (4e BILA)
  • Opérations dans le sud tunisien : 12 octobre au 27 septembre 1916 - (4e BILA)
  • Campagne contre l'Allemagne :  28 septembre 1916 au 20 avril 1917 -  (3e BILA)
Il est décoré de la Médaille coloniale avec agrafe "Tunisie" le 10 février 1917.

C'est à Prosnes, dans la Marne, qu'il est tué à l'ennemi, cote 200, le 20 avril 1917.

Site Mémoire de Hommes
Fiche indexée mais masquée par mes soins.

Sources :
Archives Départementales du Tarn et Garonne
Site Mémoire des Hommes
Wikipédia
Gallica BNF

vendredi 10 juin 2016

I comme Infirmier

L'INFIRMIER militaire est une fonction.
On retrouve les infirmiers dans les S.I.M. (Section d'Infirmiers Militaires, une par région militaire, nous sommes dans la 17e). Nous les trouvons aussi dans les hôpitaux, les ambulances mais également dans les infirmeries régimentaires, jusque dans les tranchées au plus près des champs de bataille, sous la mitraille et les obus.

L'Histoire de la Grande guerre : la Guerre en Images vécue et racontée au jour le jour : récits de combats...
Bande dessinée historique (1928)
Gallica BNF

Louis Jean DUFFAUD 
2e classe, infirmier
Valence (82)
† Lin - (Serbie)


Louis est né à Valence le 25 mai 1888, fils d'Antoine et de Marguerite CHADIRAC. En 1911, il est déclaré domicilié à Vincennes (94) rue Galère.  C'est notre 2e coiffeur du challenge ! mais probablement aussi barbier.  Et de Barbier à infirmier il ne semble y avoir qu'un pas pour ce jeune homme âgé de 26 ans en 1914.

A la mobilisation, il rejoint le 59e Régiment d'Infanterie de Foix le 3 août. Il participe aux combats d'Eton dans la Meuse le 24 août puis c'est la bataille de la Marne à partir du 6 septembre. Il y reçoit sa première blessure par balle au ventre, le 8 septembre 1914.
 
Qu'advient-il de notre jeune Louis ? La fiche matricule ne stipule aucune période en Intérieur.

On le retrouve pour une seconde blessure par balles, cette fois-ci au bras droit, lors de la Bataille de Verdun, à Avocourt (55) le 29 mars 1916.

Après plusieurs changement d'affectations, janvier 1917 (84e RI) et Mars 1917 (35e RI), il rejoint le 5 juillet 1917 le 372e Régiment d'Infanterie. Celui-ci fait partie de l'Armée française d'Orient et est en poste dans les Dardanelles, aux côtés des armées britannique, serbe, italienne, russe et grecque. Face à eux, l'Empire Allemand, l'Empire Ottoman, l'Autriche-Hongrie, la Bulgarie.
 
C'est en Serbie que Louis DUFFAUD est tué le 18 octobre 1918  à l'âge de 30 ans.

Site Mémoire des Hommes
Source Gallica BNF


Le Petit Echo en campagne publie tout au long de la guerre des extraits de lettres. Voici celle d'un dénommé Hilarion, publiée le 23 juin 1918, écrite un mois auparavant.






 
 
 
Verdun a monopolisé la mémoire collective, faisant oublier d'autres combats, d'autres lieux.
100 ans après, cette campagne à l'autre bout de l'Europe est quasiment oubliée des livres scolaires.
Ma fille, étudiante,  vient d'en découvrir l'existence grâce à un magnifique film de Russell Crowe (2014) :

La promesse d'une vie.


Sources :
Archives départementales du Tarn et Garonne, fiche matricule, état civil
Tableau d'honneur du 59e Régiment d'Infanterie 1914-1918 : Ici
Le Front d'Orient (1915-1918) Mission Centenaire : Ici
Site Mémoire des Hommes
Site Gallica BNF, Presses et revues

jeudi 9 juin 2016

H comme Hussard

Le HUSSARD est un cavalier de la cavalerie légère.
Le premier grade du Hussard est Cavalier puis Brigadier



Uniforme Français 1915

Militaire d'un corps de cavalerie légère dont la tenue fut primitivement empruntée à la Cavalerie Hongroise (Dict.Larousse).

"Huszar" en Hongrois signifie le vingtième. En Hongrie, chaque village devait fournir 1 homme équipé (hussard) pour 20 manses (parcelle agricole pouvant faire vivre une famille).  Dans le sud de la France, la manse devient un mas..... Et nos cavaliers français des Hussards.

Armée française. Hussards. Ligne. 354 : [estampe] 1800-1869
Gallica BNF 

La cavalerie (blog) - Les différents cavaliers français - 1914

L'armée Allemande a aussi ses hussards. Parmi eux, le Hussards de la mort qui porte en insigne une tête de mort sur son shako.

Hussard de la mort - 1915
Figurine

TOURNIÉ Albert Pierre Marie
Castelsagrat (82)
La Fère en Tardenois (02)
 
 
Albert est un jeune coiffeur, né au lieudit "Barlié" à Castelsagrat en 1892 et domicilié en dernier lieu à Gasques (82) avec ses parents François et Albanie GILIS.
C'est lui-même qui choisira son affectation au 10e Régiment de Hussard, en s'engageant volontairement pour 3 ans à la Mairie d'Agen le 2 avril 1913. 
Nous ne trouverons aucune autre information sur la fiche matricule, hormis son décès le 11 mars 1915 à la Fère en Tardenois, des suites de maladies.

L'acte de décès, transcrit à la mairie de Castelsagrat le 17 mai 1915 complèteront les causes et lieu du décès : fièvre typhoïde 





Il repose au cimetière de Castelsagrat.
Son nom est gravé à Castelsagrat au monument aux morts et dans l'église sur la plaque commémorative.


******************

Sources :
La cavalerie (blog) Ici
Tableau d'honneur du 10e RH, transcrit par Martial LOPEZ (site Jean-Luc DRON) Ici
Mairie de Castelsagrat, transcription de décès
Archives départementales du Tarn et Garonne, fiche matricule
Site Gallica

 

mercredi 8 juin 2016

G comme Gendarme

Le GENDARME.
Le premier grade est Gendarme puis Brigadier

Le sujet du jour peut surprendre, nous parlons bien des soldats de 2e classes mobilisés en 1914-1918.

Plumet tricolore porté par colonel
et le chef de musique
"Grande tenue"
J'ai une pensée aujourd'hui pour le Gendarme qui devait assurer le maintient de l'ordre, les services de la prévôté et la chasse aux déserteurs. Il assurait également la bonne marche des ravitaillements comme près de Verdun, la sécurité et la circulation ininterrompue de la voie sacrée.

Souvent traité "d'embusqué", le gendarme n'avait pourtant pas un rôle facile, face aux déserteurs qui n'avaient rien à perdre.

Nombreux aussi furent ceux qui partirent volontaires dans une unité d'Infanterie. le Gendarme y a un rôle d'encadrement et obtient un grade à titre temporaire, le temps de la guerre. S'il mourrait, il conservait ce grade, s'il survivait, il reprenait son service après guerre sous son grade antérieur.

Mais le gendarme n'avait pas toujours l'honneur de pouvoir servir au front, les demandes trop nombreuses, ne furent pas toutes acceptées. On avait besoin d'eux en Intérieur.


DELVOLVE Mathieu
Saint-Nazaire-de-Valentane - Boudou (82)
† Saint-Louis-du-Rhône (13)


Gendarme à pied à la Brigade de Saint-Louis-du-Rhône (13) - Mort pour la France -

"Le 4 juillet 1917, procédant à la recherche des déserteurs, n'a pas hésité à fouiller à fond une maison publique où des sujets dangereux étaient signalés et a été tué d'un coup de revolver tiré à bout portant par un déserteur qui s'était réfugié dans une chambre" (citation à l'ordre de la Légion le 8 avril 1919, Historique de la 15e LG)

 Mathieu DELVOLVE a 46 ans et est marié, Ses parents Mathieu et Marie Anne BEDRINE sont domiciliés à Boudou (82). Il est Gendarme à pied depuis 1903.

Boudou ne fait partie de la communauté des Deux Rives, mais c'est bien la même Garonne qui coule au pied de ce village entre Moissac et Valence. 


Point de vue de Boudou - La Garonne
Le Tarn  tout de rouge se jette dans la Garonne encore "bleue" en amont
Photo Ch.BEZGHICHE


2 autres Gendarmes Tarn et Garonnais sont morts en 1914-1918
Pierre AUGÉ (1890-1915) originaire de Montech
Pierre Martin BOUSCARAT (1876-1918) originaire de Lafrançaise

Sur 18000 Gendarmes engagés, 1000 sont morts, tués à l'ennemi, des suites de leurs blessures ou de maladie.


 
Sources :
Historique de la Gendarmerie (Gallica BNF) : Ici
Historique de la 15e Légion : Ici
Site Mémorial Genweb.
Casque des gendarmes 1914 (forum Passion militaria) Ici

mardi 7 juin 2016

F comme Fourrier

Le FOURRIER s'occupait du fourrage pour les chevaux et du logis pour les hommes en campagne. Ce n'est pas un grade mais une fonction. On le reconnaît à la bande dorée sur chaque manche de sa vareuse.


Caporal ou Brigadier, Sergent, le fourrier s'occupe de l'intendance de la compagnie. Cette dernière comprenait 17 caporaux dont 1 caporal fourrier, 8 sergent dont 1 sergent-fourrier.
Dans la marine, il s'occupe des écritures et de la comptabilité du bateau.



ALBENQUE Antoine Bernard Jean Etienne
Valence (82) - Bordeaux (33)
† Toulon (83)


Antoine est né à Valence le 1er novembre 1876, fils de Pierre, négociant originaire de Moissac (82) et de Dame Jeanne SELBIS.

En 1896, l'année de ses 20 ans, la famille est domiciliée à Bordeaux où le jeune homme est inscrit au registre de matricule sous le numéro 2725. Ouvrier boulanger de son état, il est précisé "non utilisable". Il ne sera donc pas affecté aux boulangeries de l'Armée. La raison n'est pas mentionnée. On notera qu'il n'est pas affecté dans une unité combattante mais dans une section d'Infirmiers militaires.



Il fait tout son service (1897-1900) en Algérie, à la 20e section militaire d'Oran. Il y est nommé Caporal le 18 novembre 1898.  Envoyé dans la disponibilité, il est affecté à la 18e Section d'Infirmiers Militaires de Bordeaux où il fait 2 périodes d'exercices en 1903 et 1906

Adresse : il quitte la subdivision de Bordeaux pour celle d'Oran (Algérie)
24 septembre 1912
Mobilisé le 7 août 1914 à la 18e Section d'infirmiers militaire de Bordeaux, il est difficile de suivre son parcours. Il est alors âgé de 38 ans.

Sa fiche matricule mentionne deux autres affectations (sans date et quasiment illisible) où seul le mot "tirailleur" peut être identifié.

A noter qu'il est inscrit "Caporal le 20 février 1917". Il s'agit peut-être de sa nomination dans la fonction de "Fourrier", puisqu'il possède déjà ce grade depuis 1898.


La fiche MdH nous donne une affectation au 1er Régiment de Tirailleur Algérien.




Caporal fourrier
L'extrait du registre des décès noté adressé à Bordeaux est rayé.
Il est inhumé au cimetière de Moissac (82).


Sources :
Archives Départementales du Tarn et Garonne : Etat civil
Archives Départementales de la Gironde : Fiche matricule
Site Mémoire des Hommes (fiche)
Site les Tirailleurs d'hier et d'Aujourd'hui : ICI